Les deux marcheuses, 16 Juin 2016 – Pierre

Les deux marcheuses, 16 Juin 2016 – Pierre

Elles avançaient côte à côte, régulièrement. J’ai ralenti pour ne pas les dépasser. J’ai donné quelques coups de pédales en moins. Deux femmes, cheveux longs. Assez différentes cependant. Deux sacs à dos. Impossible de deviner leurs corps cachés derrière.

Je ne peux plus ralentir, j’arrive à leur niveau. Les salue.

Elles répondent d’un sourire. Quelques gouttes de sueur ont du perler sur leur front dans la journée. Il est 16h. Moi, je rentre du travail. Le soleil est loin d’être couché.

« Qu’est ce que vous faites les filles ? C’est pas courant de voir des gens marcher le long de cette départementale ».

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La tasse brisée – Quelqu’un

La tasse brisée – Quelqu’un

Elle tourne en rond. De petits ronds. De plus grands. Au fur et à mesure. Elle s’est même cognée dans un mur et la table. Ça en devient presque frénétique. Elle fait des ronds, et elle a l’impression de danser.

Dans sa tête, trop d’images. Elle en a perdu le son. Elle danse sur les couleurs qui jaillissent. Elle n’est plus vraiment là. Il lui a dit que c’était un état dépressif, mais elle s’est dit que la médecine avait pas encore compris que l’art n’était pas une maladie comme les autres.

Elle est infectée, une plaie grande ouverte. Son appartement est un pansement qui la protège des autres bactéries qui menacent de rentrer.

Elle a tapé dans la table.

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Quelqu’un – Il y a longtemps

Quelqu’un – Il y a longtemps

Elle ne sait pas vraiment depuis combien de temps elle est là. Elle regarde le réveil qui trône sur une petite table de chevet. Des chiffres. Si elle aime regarder les mots, elle trouve les nombres froids et muets. Un mot, plein de boucles, de ronds, avec des points et des lignes droites, ça dessine des histoires.

Un chat se cache dans le mot charmant et un papillon dans philosophie.

Elle aime dessiner.

Lui, il le sait. C’est pour cela qu’il a installé cette pièce. « Il n’est pas si méchant » pense-t-elle.

Elle regarde ses pieds nus, les montagnes qui côtoient les lignes électriques telles des rivières, et la poussière de la moquette qui s’y est accrochée.

Elle rit, un de ces rires francs d’enfants qui ne craignent pas de recevoir une gifle après un moment d’emportement.

Lui, il rentre, il lui tend la main, il l’aide à se lever. Elle, sensible au toucher doux de la main, se laisse faire. Lui, la serre contre son corps délicatement, lui embrasse le front, lui prend la taille. Ils dansent au son des voitures qui envahissent la rue. Lui, aime son visage de femme mûre et accepte la folie qui l’étreint. Elle ne croit pas le reconnaître.

Elle, elle croit que cet homme est beau, et qu’il est tendre avec elle en ce moment. Lui, lui ouvre la porte et l’emmène dans la cuisine, lui tend une chaise. « Tu veux manger ? » demande-t-il. « Oui » fait-elle de la tête.

Elle n’est pas muette, elle sait murmurer, elle chante parfois, mais elle redoute de parler, de combler le silence par des choses stupides qui sortiraient de sa bouche.

Alors, elle murmure, de peur de s’imposer.