Avec toutes mes excuses, Janvier 2017 – Céleste

Avec toutes mes excuses, Janvier 2017 – Céleste

Avoir retrouvé mon père avait remis de l’ordre dans tout. Comme si ce qui aurait du me tenir droite depuis le tout début avait enfin jailli du sol.
On pourra dire ce que l’on veut. Je pourrais me redire mille et une fois ce motto qui m’a accompagné des années « Ca ne sera que moi, et moi seule jusqu’à la fin de ma vie », avoir trouvé ce repère avait mis une majuscule à la première phrase qui avait ouvert le livre de ma vie.
Et m’avait donné envie de corriger la syntaxe entière du corpus.

Et cette correction faisait mal.

Des coups dans mon ventre venaient troubler le calme extérieur.

Je me haïssais pour ce que j’avais été. Ce que j’avais fait.
Ce que j’avais bu. La personnalité que je m’étais insidieusement construite à coups de larmes et de mélancolie.

J’avais joué un rôle qui m’avait lamentablement laissé terrassée au sol.

Une capricieuse hyper sensible. Une poupée de chiffon à l’allure de guerrière. Une accro à l’attention.

Pouvais-je corriger mes erreurs ? Avais-je blessé des gens ? Et si oui, gravement ? Des excuses seraient-elles profitables ?

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La Bassée, On the road – Céleste

La Bassée, On the road – Céleste

Pendant des années, je n’avais plus touché un centimètre de verdure. Émue, je l’étais. Seule, incroyablement abandonnée.

Il m’a fallu que d’un instant, les pieds nus dans ce champ pour que tout me revienne. Si des mots comme époustouflant, rayonnant ou chaleureux n’avaient pas été galvaudés par des meutes d’écrivains, c’est ceux-là que j’aurais employés.

De l’herbe sèche qui pique mes orteils, une terre avide d’eau qui craquèle, nous permettant de découvrir une vie souterraine grouillante. Une odeur de bitume mélangée à celle de racines, de jeunes pousses.

J’ai aimé la nature comme je n’ai jamais aimé personne ou quelque chose.

J’ai aimé la musique qui en émanait. Une musique faite de vent, de gouttes, de chants de merle. Comme celui-ci, qui vole dessus moi, ou celui-là qui au loin semble vouloir appeler un congénère.

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Vaux-le-Pénil – Céleste

Vaux-le-Pénil – Céleste

C’est quand on a tourné à l’angle de la rue que Nina a de nouveau remis son armure.

Moi, j’avais changé: j’avais décidé de prendre le temps. Chaque seconde allait compter. Avoir une partenaire de marche n’était pas dans mes projets. Mais je prendrai le temps pour elle. Nina m’a touché dès qu’elle a ouvert sa porte. Une femme banale, si fragile. Un gabarit moyen, des yeux communs, des cheveux qui cachent ses traits tirés.

Quand elle a ri. Quand elle a ri, tout a changé. J’ai attrapé sa main et sa maison si nette, si propre, si organisée: pas un seul livre.

Nina m’a tout raconté. Sans mot. Elle m’a montré son dos.

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Le Poème Imbibé, mai 2015 – Céleste

Le Poème Imbibé, mai 2015 – Céleste

Toute petite et toute fripée,

dans un coin, j’me suis couchée

seule m’accompagne ma nudité,

dans le noir, je me refais,

le film de ma vie

de toute petite, les pissenlits,

à maintenant, nue dans mon lit.

 

J’ai décidé qu’pour m’apaiser,

J’allais plus m’laisser aller,

Fallait pas qu’j’sois accompagnée

Par de bras gros et musclés.

 

Alors debout dans mon salon,

C’est mon pinceau que je saisis,

Et sur la toile déjà ternie,

C’est pas ton visage qui se dessine.

 

C’est un soleil, puis une colline,

C’est le chien de grand mère et le paradis,

C’est que des formes géométriques,

En mille couleurs que je décline.

Le premier pas, Juin 2016 – Céleste

Le premier pas, Juin 2016 – Céleste

C’est ce que je lui ai dit. Sans détour, sans fioriture. Voilà. Je l’ai lâché. Il a à peine bronché. Des filles comme moi, il y en a beaucoup. Peut être moins laborieuse, mais seulement, y avait-il prêté attention ?

Si c’était ce que je voulais, aucun soucis, il a dit. Lui laisser 3 semaines de préavis il a rajouté.

La porte m’a semblé loin quand je me suis levée. J’ai affronté le silence pendant les 5 secondes qui m’en séparaient et qui m’ont parues une éternité. Je n’ai pas hâté le pas. On m’avait toujours dit de ne pas courir devant un animal sauvage, que sinon, on devenait une proie.

Lui, avec ses cheveux brun et sa barbe, c’était bien un ours. Mais sa voix nasillarde, ça en faisait bien une hyène.

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L’Adieu à Matthieu – Céleste

L’Adieu à Matthieu – Céleste

Quand le téléphone a sonné pour la dixième fois, j’ai refusé de décrocher. Comme les 9 premières fois.

Quand on sait ce que les gens veulent nous dire, est-ce bien nécessaire d’en faire un foin ? J’attends qu’il se lasse.

Keep busy.

Fourmillements dans mes oreilles.

Je lis aujourd’hui.  Carnets du sous sol. Dostoïevski. En regardant un livre sur Hopper.

Aujourd’hui, je reste occupée, loin des fenêtres qui donnent sur la rue et de mon téléphone.

Mais déjà voilà que ça frappe à la porte. Laissez moi en paix.

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Chavirer – Céleste

Chavirer – Céleste

C’est une notion qui m’est familière. Ce que l’on ressent au fond de soi pour quelque chose de beau. Une phrase, un mot, une image, une odeur. Le col de ta chemise.

Chavirer. Chavirer dans tes bras, plonger dans tes messages, ma tête balançant, mon cœur qui s’emballe, mes jambes ne me portent plus.

Chavirer.

Oui. Je suis un bateau perdu sur l’océan. Qui n’a ni rame, ni voile. Que seul le courant déplace. Oui. Tes messages. Des cris de sirènes. Le soleil.

Chavirer.

Dériver.

Ne plus rien contrôler. Se laisser porter par une mer d’émotions. Pleurer. A l’abri des regards.

Chavirer. Dériver. Partir vers d’autres terres. Goûter à de nouveaux goûts. Me laisser emporter. M’enivrer.

Chavirer dériver jusqu’à ne plus rien ressentir. Être enfin bien.

Ne plus rien ressentir.
Ni le manque, ni l’envie, ni la peur, ni la soif, ni la faim.

 

Tu me fais chavirer. Tu me fais dériver.