C’est quand on a tourné à l’angle de la rue que Nina a de nouveau remis son armure.

Moi, j’avais changé: j’avais décidé de prendre le temps. Chaque seconde allait compter. Avoir une partenaire de marche n’était pas dans mes projets. Mais je prendrai le temps pour elle. Nina m’a touché dès qu’elle a ouvert sa porte. Une femme banale, si fragile. Un gabarit moyen, des yeux communs, des cheveux qui cachent ses traits tirés.

Quand elle a ri. Quand elle a ri, tout a changé. J’ai attrapé sa main et sa maison si nette, si propre, si organisée: pas un seul livre.

Nina m’a tout raconté. Sans mot. Elle m’a montré son dos.

Ses côtes sont bleues et enfoncées sous son pull épais et noir. Quand elle me montre sa nuque sous ses cheveux, c’est bariolé.

Je n’ai pas posé de question. Elle s’était suffisamment mise à nu.

« Nina, j’ai un projet. J’ai tout quitté. Il ne me reste que ce sac et mes chaussures. Je vais parcourir un bout de la France. Je veux créer des racines. Des vraies. Dans un endroit sain.

Ça semble un peu fou ?

Je vais marcher jusqu’à Chamonix. Il fait beau, au bout d’un moment, il fera peut être plus froid. Je ferai des arrêts, c’est sûr. Chamonix, c’est le dernier endroit où on a vu mon père. Il travaillait dans un café. Je veux voir si je lui ressemble. Je veux vivre une aventure.

Je vais tout écrire. Je vais dessiner les paysages et les photographier.

Je vais saluer les gens que je rencontre. Je ne vais pas toujours savoir où dormir.

Nina, viens, si tu veux ».

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