La lumière tamisée de la cuisine. Je me tapis dans l’ombre de mon plan de travail. Je me faufile entre les casseroles. Ce soir, je suis aux commandes, mais j’ai l’angoisse de la page blanche.

J’ai l’impression que beaucoup de choses se jouent ce soir, je n’ai pas le droit à l’erreur.

Il a dit : j’en ai marre, ce coup-ci tu cuisines. Je n’ai pas bronché. J’ai juste fermé la porte qu’il a réouverte. Je ne pourrai donc pas mettre de musique.

La musique est depuis le début un réconfort. Avec ou sans mots. Lente ou rapide. Mais toujours forte.

La casserole me glisse des mains. Elle tombe au sol dans un fracas.

Qu’est ce qui se passe encore, j’entends.

La casserole n’a rien mais mes poumons me font mal et ma cage thoracique semble les compresser.

Les carottes sont coupées une à une sous ma tête baissée. L’eau bout.

Je vois ma main qui saisit la poignée. Je vois son visage et des cloques. Sa peau rougie. Ses cheveux décoiffés, lui qui passe des fois 10 minutes à les discipliner.

Je vois ma solitude. Mon désarroi. Je vois comme je suis petite, comme il est grand.

Alors je cuis le riz, j’accommode les carottes et amène les assiettes dans le salon.

 

 

 

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