Prologue – Coline

Prologue – Coline

Je ne ferai pas long, promis.

C’est juste que Céleste est encore arrivée dans un état pitoyable.

Je m’inquiète. Je ne dis rien, souris. C’est ce que feraient les bons amis, n’est ce pas?

Elle doit bien se rendre compte. Ai-Je donc besoin de le redire à haute voix ?

Mon job, c’est la faire rire, je crois.

Je l’amène au ciné de temps en temps. J’évite les bars, les pubs, les restaurants. Quand je l’invite, juste de la bière.

Oh, je le connais ce démon. Je le reconnais si bien. Ses yeux prennent la place des doux yeux de mon amie. Sa bouche tordue par l’envie de pleurer. Grimaçante presque.

Oh Céleste où es tu passée? Ne peut on te rencontrer qu’au réveil quand tu t’en tiens au café chez moi ?

Je ne suis pas la seule à m’inquiéter. Ta maman Céleste. Ton grand frère. Eux aussi ça leur tort les tripes.

Tu te cherches encore. Quand j’écoute en boucle Video Games, je me rends compte que je devrais être ta partenaire de vie. Celle qui t’accompagne dans les moments difficiles. Mais tu portes ta vie comme un fardeau. Je ne peux être là à chaque heure, à chaque seconde.

Céleste, un jour, je te dirai d’arrêter de déconner. De regarder ton vrai reflet, celui où tu m’apparais comme une fée qui doit flotter sur l’existence.
Les gens qui t’entourent. Tu m’as présenté ton homme attitré. Celui d’une autre. Laisse le lui.

Tu m’entends Céleste?

Ah. Elle s’est rendormie. Déjà. La tête sur mes genoux. Tu ne te souviendra pas de tout ça, demain, je suppose ? Si tu savais comme je t’aime, Céleste.

Prologue – Miguel

Prologue – Miguel

J’ai su marcher à un an, parler comme un dictionnaire à deux, faire du vélo à 4, nager comme un champion à 5.

Sincèrement, prendre la parole ici, c’était nécessaire. Je ne suis pas celui qu’on décrit. Ni bon, ni mauvais, un homme en somme. J’accepte les parties un peu plus ténébreuses de mon être. C’est ainsi. Les nier, une absurdité, une hypocrisie. Je suis un des rares lucides.

Oui, je m’emporte. Oui, je sais aimer. Oui, j’aime cuisiner. J’aime boire, un peu.

Ma femme ? Ma femme n’est pas douée, soyons honnêtes. J’aimerais faire d’elle une meilleure personne. Ma femme ? Ne l’écoutez pas, toujours en train de se plaindre celle là.

Je n’ai pas l’intention de divorcer. J’arriverai à faire d’elle une femme bien. Une bonne épouse. Une femme au foyer dévouée.

Cette femme c’est mon projet. Quand je l’ai vu, je me suis dit quel vide ! Je vais en faire quelque chose ! Il y a matière à faire quelque chose. Mais tellement à bouger.

Chaque jour je m’emploie à l’éduquer. Alors, oui, je la bouscule, ne soyez pas trop premier degré. Enfin. Des fois si. Mais c’est nécessaire dans l’éducation pour faire rentrer les idées vous comprenez ?

Nina, c’est une femme docile et en même temps immuable, vous suivez ? Je me bats chaque jour pour qu’elle se sèche les cheveux, qu’elle se chausse, qu’elle arrête de rêver. Je m’emploie chaque jour à ce qu’elle écoute de la vraie musique, qu’elle apprenne à cuisiner, qu’elle maigrisse, qu’elle se maquille, à ce qu’elle sache traiter le linge. Chaque jour, je m’obstine à ce qu’elle devienne une femme éduquée, qu’on puisse être fier de présenter.

Pour être franc, en société, je préfère qu’elle la ferme, soyons honnête. Ah. Ne me traitez pas de macho. Le problème ce n’est pas les femmes, mais les femmes comme elle.

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Chavirer – Céleste

Chavirer – Céleste

C’est une notion qui m’est familière. Ce que l’on ressent au fond de soi pour quelque chose de beau. Une phrase, un mot, une image, une odeur. Le col de ta chemise.

Chavirer. Chavirer dans tes bras, plonger dans tes messages, ma tête balançant, mon cœur qui s’emballe, mes jambes ne me portent plus.

Chavirer.

Oui. Je suis un bateau perdu sur l’océan. Qui n’a ni rame, ni voile. Que seul le courant déplace. Oui. Tes messages. Des cris de sirènes. Le soleil.

Chavirer.

Dériver.

Ne plus rien contrôler. Se laisser porter par une mer d’émotions. Pleurer. A l’abri des regards.

Chavirer. Dériver. Partir vers d’autres terres. Goûter à de nouveaux goûts. Me laisser emporter. M’enivrer.

Chavirer dériver jusqu’à ne plus rien ressentir. Être enfin bien.

Ne plus rien ressentir.
Ni le manque, ni l’envie, ni la peur, ni la soif, ni la faim.

 

Tu me fais chavirer. Tu me fais dériver.

Y’a pas d’addition – Céleste 

Y’a pas d’addition – Céleste 

Impossible d’attacher le haut d’une robe.
Devant les séries drôles, je ne ris plus.

Le rire, ça devrait se partager.

Personne ne m’aide à vider le lave vaisselle.

Y’a pas d’assiette car y’a pas de repas.

Y’a des pommes.

Des caisses de pommes.

Que personne ne m’aide à monter à mon étage.

Y’a que de livres. Partout. Sur le sol. Y’a pas de ménage. Sauf le vendredi quand Miguel vient.

Il sonne.

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Toujours (2) – Céleste

Toujours (2) – Céleste

S’assommer. Toujours plus vite. C’est de plus en plus difficile. Avant d’aller au ciné avec Coline.

Un verre de vodka. Deux. Un de Jäger . Deux de blanc.

J’ai envie de rire devant ce film. A moins qu’on aille voir un drame ce serait malvenu. Coline ne comprendrait pas.
Je passe pour une bonne vivante, d’humeur égale mais quand même. Suis je aussi peu lisible?
Moi, quand je me regarde devant le miroir, je vois mes cheveux ternes. Mes yeux pochés. Mon nez violet d’avoir trop pleuré. Ma langue jaune d’avoir trop malmené mon foie. Mes dents marrons d’avoir trop fumé. Mes oreilles rougies par si peu de sommeil.

Quand je me vois dans le miroir je ne vois pas un fantôme. Je vois une sorcière.

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Prologue – Nina

Prologue – Nina

L’été, il arrêtait de frapper. Normal, ça se voyait. Ma peau reprenait sa couleur initiale et je pouvais bronzer, même. De fait, vous comprenez que Juillet, Août étaient mes mois préférés. J’avais presque l’impression de mener une vie normale, comme celle qu’on nous raconte depuis notre enfance. Sauf que mon prince charmant n’était charmant que devant les autres. Une fois la porte fermée, il était mordant. Pas mordant comme l’image d’une passion folle qu’on nous vend depuis toujours. Non. Il me mangeait petit à petit. Je disparaissais dans sa gueule carnassière, pleine de mots, et je m’éteignais. Alors, l’été oui, je n’étais plus bleue sur mon corps, mais mon âme, elle continuait de prendre des coups. Remarque, je l’avais cherché. Je n’avais pas qu’à l’épouser.

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Une bouteille à la main – Céleste

Une bouteille à la main – Céleste

Des fois, c’est dur à définir. J’avais tout mais je voulais plus. Je voulais du vent dans les cheveux. Je voulais pas d’attache. Mais j’en voulais.

Je voulais de la liberté, je voulais de l’aventure. Et de la sécurité. Bref. J’étais une femme typique.

Je crois que je ne m’étais jamais satisfait de ce que j’avais. Sauf à l’époque des marches, de l’herbe, du calme. Après ça, je m’étais toujours battue pour avoir mieux, pour avoir plus. Prête à tout abandonner pour des plaisirs additionnels.

Au final, j’avais pareil. Ou moins.

C’était le soucis. Tout vouloir.

Petite, je négociais tout. J’ai toujours voulu négocier avec la vie. Je ne veux pas que ça se termine tout de suite. Je ne veux pas que tu partes. Je ne veux pas qu’il meure. Pourquoi est-il mort ? C’est déjà la fin des vacances ? C’est déjà le début de la récré ? C’est déjà la fin du film ?

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Les montagnes, Juin 2022 – Céleste

Les montagnes, Juin 2022 – Céleste

J’ai un endroit secret dans lequel j’aime me plonger. Un endroit avec 3 bleus. Plus ou moins profonds.

Je m’assois, en tailleur, sur un sol dur, une pierre, entouré de mou, de tendre, de délicieux vert.

Au loin, des tâches blanches et noires. Le vent qui mélange mes cheveux et arrache mes idées.

Les aspérités du paysage face à moi comme les mille et une vagues de mon esprit. J’accepte les idées, les observe, je vogue dessus, mais jamais elles ne me submergent.

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Lundi 18 Janvier 2016 – Nina

Lundi 18 Janvier 2016 – Nina

Quand j’étais revenue en 2013, j’ai cru que ça serait un nouveau départ. Qu’on apprendrait à gratter à l’intérieur et qu’il serait doux. Qu’il aurait compris. Comme une leçon.

Les deux premières heures n’ont pas été trop difficiles. Car il ne savait pas. Que je n’étais pas partie seule.

Je n’ai plus envie de me souvenir. Je veux juste me rappeler de Louis et de la nature. Comme un lieu magique où me réfugier quand il n’est pas celui que je voulais. J’étais revenue auprès de lui, avec un manque, et me voilà comblée, j’étais redevenue en à peine quelques jours celle que j’étais.

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